Travaux Personnels Encadrés
Une Europe désunie face à l'immigration
Comment l'Union Européenne gère-t-elle l’arrivée des migrants ?
Les quatre pays qui font partie de Visegrad

On appelle groupe de Visegrád l'alliance de 4 pays membres de l'actuelle Union européenne (Hongrie, République Tchèque, Pologne et Slovaquie) en référence à une rencontre entre les rois de Bohême, de Pologne et de Hongrie en 1335, qui ont décidé de mettre en place une association qui porte le nom de Visegrád, une ville située dans le Danube en Hongrie. Après un échec, cette coalition renaquit de ces cendres le 15 février 1991 pour former le "triangle de Visegrád" afin de lancer le processus d'intégration européenne.
Visegrád avait de nombreux buts. Tout d’abord, le fait que cette coalition compte uniquement des pays de l’Union Européenne permettait une entrée plus simple dans l’OTAN en 1999. De plus, ce groupe cherchait à promouvoir la souveraineté nationale et souhaitait que l’Europe adopte une politique commune plus restrictive. En 1999, ils établirent donc un budget de 8 millions d’euros pour accroître la mobilité du marché européen.
L’organisation de Višegrad permet donc une circulation bien plus simple entre ces 4 pays. En effet, les idées plutôt conservatrices du groupe de Višegrad font qu’ils s’opposent parfois à certaines législations européennes comme la mise en place de quotas pour gérer les migrations.
Voyons maintenant les lois mises en place par l’Union Européenne dans l’ordre chronologique.
En 1957, une première étape cruciale est passée, la libre circulation des travailleurs entre les états de l’Union Européenne. 28 ans après, en 1985 ce système est renforcé par la mise en place de l’espace Schengen. Aujourd’hui, l’espace Schengen est composé de 26 États : 22 faisant parti des 28 membres de l’Union européenne. La Bulgarie, la Roumanie, l’île de Chypre et la Croatie n’y participent pas encore. L’Irlande et la Grande-Bretagne, quant à elles, bénéficient d’un statut particulier et ne participent qu’à une partie des dispositions Schengen (pour la Grande-Bretagne, par exemple, elle participe à la coopération policière et judiciaire en matière pénale, à la lutte contre les stupéfiants et au Système d’information Schengen, c’est à dire le SIS). Enfin, 3 États non-membres de l’UE y sont associés : l’Islande, la Suisse et le Liechtenstein.
Le principe de la liberté de circulation des personnes (art. 3 Traité Union Européenne) implique que tout individu (ressortissant de l’UE ou d’un pays tiers), une fois entré sur le territoire de l’un des pays membres, peut franchir les frontières des autres pays sans subir de contrôles. Les vols aériens entre villes de l’espace Schengen sont considérés comme des vols intérieurs.
Un État ne peut rétablir les contrôles qu’en cas d’atteinte à l’ordre public ou à la sécurité nationale (pour 6 mois maximum, ou deux ans en cas de circonstances exceptionnelles), et après consultation des autres États du groupe Schengen d’après l’article 23 et suivants du "code frontières Schengen".
En 1992, le traité de Maastricht met en place, les conditions d’entrées de sortie, de séjour, et de circulation pour lutter contre l’immigration illégale, contre les ressortissants extérieurs à l’espace Schengen.
En 2003, une directive qui crée la demande d’asile et les conditions minimales d’accueil des demandeurs d’asile est instituée par acte du conseil. En effet, elle permettra de préciser certains points relativement importants. En premier lieu, cela créera les conditions qui permettront d’introduire la demande d’asile auprès des autorités compétentes. Puis cela facilitera la mise en place des obligations qu’ont les états à l’égard des demandeurs d’asiles. Cependant cela définira aussi les limites des droits qu’ont ces demandeurs d’asiles et donc, bien entendu, en cas d’infraction, les conditions qui entraîneront le retrait des bénéfices apportés par ce statut. Cet accord vient donc remplacer le premier accord de Dublin, et sera appelé Dublin II.
Puis le sommet européen de Thessalonique illustre une tentative d’harmonisation de la politique d’immigration. Des dispositifs sont donc mis en place pour coordonner les opérations des autorités aux frontières des états membres. C’est ainsi qu’est créée une base de données commune relative aux visas qui vient appuyer la lutte contre l’immigration clandestine.
Puis en 2004 est créé FRONTEX, qui a pour rôle d'aider les États membres de l’Union Européenne et les pays associés à l’espace Schengen à gérer leurs frontières extérieures. Elle contribue également à harmoniser les contrôles aux frontières au sein de l’Union Européenne. Elle facilite la coopération entre les autorités de surveillance des frontières dans les différents pays de l’UE, en leur fournissant une expertise et un soutien technique.. Ainsi, on essaye de mieux gérer les frontières et de coordonner les opérations qui y sont réalisées.
Le programme de La Haye vient s'appuyer sur les législations déjà mises en place lors du sommet de 2004. Ici, il prévoit une politique commune d’immigration sur 5 ans. Il souhaite un système commun de protection. Il veut également renforcer les conditions de délivrance des visas, un dispositif de soutien opérationnel en cas de crise aux frontières extérieures, et enfin le développement d’un partenariat avec les pays hors de l’Union Européenne, d’où viennent et d’où transitent les migrants.
En 2006, un renforcement de ce que l’on appelle le système d’information Schengen de deuxième génération ou plus simplement SIS. II a pour but de rendre plus facile les échanges d’informations en rapport avec les migrants entre les pays membres de l’Union Européenne. D’un autre coté en 2006 la condition des migrants tend vers une amélioration suite à la création d’un code communautaire des visas qui vient harmoniser les instruments juridiques régissant les décisions relatives aux visas. Le but est ainsi d’augmenter la transparence et la sécurité juridique, mais aussi de renforcer les garanties procédurales et de faire en sorte que les demandes d’asiles soient traitées de manière égale.
C’est en 2007 que des décisions importantes furent prises. Lors d’un afflux important d’immigrants clandestins, des équipes d’intervention rapide aux frontières, elles-mêmes gérées par FRONTEX, sont venues aider les pays états membres qui le demandaient. Ce nouveau système fut appelé RABIT. Le traité de Lisbonne en 2007 témoigne que L’Union souhaite le développement d’un système commun à toute l’Union
En 2008, de nombreux dispositifs sont mis en place comme l’institution d’un nouveau réseau qui vise à collecter, analyser et diffuser des informations en matière d’immigration. Il s'appuie sur la volonté d’élaboration des politiques communes et des prises de décisions. Ces données sont actualisées et transmises aux institutions des états membres. Mais des directives sont aussi mises en vigueur pour organiser le retour des ressortissants de pays dit tiers, qui retournent dans leurs pays d‘origine et qui ne sont pas dans des situations légales dans les pays de l’Union Européenne. C'est ainsi que la question des départs voulus ou non voulus, ou celle du retour des mineurs non accompagnés, sont traitées.
Ensuite, en février un système européen de surveillance des frontières permet aux pays membres de l’Union Européenne de surveiller leurs frontières grâce à des satellites pour venir lutter contre l’immigration clandestine. Ceci permet alors d’accroître la réactivité des services aux frontières. Cela est donc possible grâce a EUROSUR. Des dispositifs pour organiser des départs et des retours de personnes sont mis en place.
Enfin, la garantie de l’accès à l’asile à ceux qui en ont besoin, l’élaboration d’une procédure d’asile commune, et la prise en compte du sexe de la personne et de la situation des groupes vulnérables, est permise par un nouveau « plan d’action en matière d’asile » : une approche intégrée de la protection au niveau de l’Union Européenne.
Nous assistons donc à la mise en place d’un nouveau régime d’asile Européen commun, le RAEC. Cependant, il favorise certaines personnes lors de leurs migrations. Ces migrations favorisées reposeront sur plusieurs critères :
-les besoins établis par chaque état en matière d’emploi
-les retours de migrants en situation irrégulière dans leurs pays d’origine
-renforcer les contrôles aux frontières et les rendre plus efficaces
-faire en sorte que l’Europe favorise l’asile
-établir des liens avec les pays émetteurs pour favoriser la cohésion et le développement.
En 2009, une « carte bleue » pour les travailleurs hautement qualifiés est mise en place. Elle leur permet de faciliter les entrées et les séjours des ressortissants étrangers. En parallèle, des sanctions sont mises en place contre les employeurs d’immigrants clandestins. Le traité de Lisbonne, lui, favorise des législations plus communautaires mais propose que certaines décisions restent de compétence nationale. Comme par exemple la décision de mise en place de quotas d’immigration.
En 2010, le rapport annuel sur l’immigration et l’asile est publié et donne des recommandations aux pays états membres. Parmi lesquelles :
-une nouvelle stratégie d’intégration des migrants est mise en place.
-les inspections sur les lieux de travail sont augmentées
-une hausse de la contribution financière du bureau européen d’appui en matière d’asile.
En clair, la vie des migrants tend à s’améliorer bien qu’elle reste compliquée.
Cependant, en 2011, les politiques sur les migrations deviennent plus difficiles du fait des derniers flux importants de migrations comme le renforcement des contrôles en bordure de l’espace Schengen. Mais les migrations sont parfois facilitées par le manque de main d’œuvre dans certains pays qui harmonisent donc la demande d’asile à l’échelle Européenne en créant un bureau à Malte.
En 2015, les états membres, suite aux nombreux accidents, décident lors d’un sommet exceptionnel, de détruire toutes embarcations clandestines après leur saisie, de s’attaquer en Lybie, aux réseaux de passeurs, de tripler les moyens de l’opération TRITON menée par FRONTEX. Elle est censée soutenir l'Italie pour faire face à l'afflux de migrants par voie maritime avec la mise en place de 3 navires patrouilleurs de haute mer, 2 navires de patrouille côtière, 2 vedettes côtières, 2 avions et 1 hélicoptère, les pays membres de l'agence se relayant pour assurer la continuité de la surveillance. Enfin de répartir 5 000 réfugiés syriens sur le territoire Européen.
En 2016, la commission européenne décide la mise en place d’un mécanisme d’aide d’urgence qui va aider à répondre aux problèmes des crises migratoires. Pour cela il sera donc doté de 300 millions d’euros par an.
Suite à des accords établis entre la Turquie et l’Europe, les migrants de Turquie seront renvoyés dans leurs pays, et les frontières seront plus contrôlées. Ainsi, la Turquie recevra 3 milliards d’euros de la part de l’Europe.
Enfin, le budget de l’agence européenne de garde-côtes et de gardes-frontières est vu à la hausse et donc ces organisations pourront réagir ou intervenir beaucoup plus vite et expulser des demandeurs d’asile s’il le faut.
L'Union Européenne et la Turquie
Les migrants qui arrivent de Turquie viennent d’Afghanistan (environ 20%) , de Syrie, Iran, Irak, Pakistan, Roumanie, Somalie, Maroc, Tunisie, Algérie, pays en crise politique, en conflit, touchés par des crises économiques ou par une pauvreté chronique. La mise en place de moyens de contrôle des côtes espagnoles et italiennes a provoqué un déplacement des flux migratoires du Maghreb et d’Afrique vers la Turquie, de l’autre coté de la Méditerranéen. La majorité des migrants arrivant en Turquie ne restent pas dans le pays qui apparaît donc presque exclusivement comme un pays de transit. La Turquie est devenue une porte d’entrée vers l’Europe et donc se retrouve au centre du débat sur l’immigration en Europe.
C’est ainsi que le 18 mars 2016, la Turquie et l’Union Européenne ont convenu d’un plan global pour réduire la migration vers l’Europe. Conformément à cet accord, les premiers migrants en situation irrégulière (200 environ) ont été renvoyés de Grèce vers la Turquie, le 4 avril 2016. En contrepartie, un groupe de 35 syriens a été réinstallé à Hanovre dans le nord de l’Allemagne. Mais le plan instaure d’autres mesures :
- Une fois que le nombre des franchissements irréguliers entre la Turquie et l’Union Européenne prendra fin ou se réduira, un programme d’admission humanitaire volontaire sera activé. Les états membres de l’Union Européenne y contribueront sur une base volontaire.
- Si la Turquie satisfait tous les critères de cet accord, les citoyens turcs n’auront plus besoin de visas pour se rendre dans un pays de l’Union Européenne, à partir de juin 2016.
- L’Union Européenne doit verser 6 milliards d’euros d’ici 2018 pour la gestion des réfugiés en Turquie qui doit organiser l’envoi de migrants vers les pays d’accueil européens.
- Selon cet accord, l’Union Européenne et la Turquie doivent aussi coopérer pour améliorer les conditions humanitaires à l’intérieur de la Syrie, en particulier dans certaines zones proches de la frontière turque, ce qui permettrait à la population locale et aux réfugiés de vivre dans des zones plus sûres.
- Toujours dans le cadre de cet accord du 18 mars 2016, l’Union Européenne et la Turquie confirment leur volonté de relancer le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.
Les expulsions collectives de migrants, inscrites dans l’accord entre la Turquie et l’UE, sont illégales selon l’ONU.
Un accord qui fait aussi bondir Amnesty International qui estime que la Turquie ne peut pas être considérée comme un pays sûr pour les réfugiés. D’après l’ONG, Ankara force chaque jour « une centaine de réfugiés syriens à retourner dans leur pays ravagé par la guerre ». Et selon elle, « une partie des réfugiés renvoyés de Grèce risque de subir le même sort » dans le journal Echos du 4 avril 2016. Le porte parole de Amnesty International en Grèce s’inquiète : « c’est le premier jour d’une nouvelle ère très difficile pour les droits des réfugiés » et parle d’un « accord dangereux dans La Stampa du 4 avril 2016. Selon France Info du 4 avril 1016, les camps qui doivent recevoir les migrants après leur enregistrement « ne semblent pas prêts à recevoir des centaines, voir des milliers de personnes ».
En effet, après le dépôt de leur demande d’asile, les migrants sont envoyés dans l’un des 40 « villes satellites » en province, où ils doivent attendre que l’Etat statue sur leur cas. Si leur demande est acceptée, ils sont installés dans un pays tiers (Etats-Unis, Canada, Australie, Pays scandinaves). Dans le cas contraire ils doivent quitter la Turquie. Et l’Etat turque délègue la gestion de la question des réfugiés à sa police faisant ainsi du pays un endroit peu accueillant pour les migrants.
Au départ, l’objectif de l’accord était de renvoyer un maximum de personnes vers la Turquie le plus rapidement possible. Ainsi les demandes d’asile devaient être examinées en quelques semaines. Les personnes rejetées ou les syriens pour qui, la Turquie est considérée comme un pays sûr, devaient ensuite être renvoyés dans ce pays. Mais la réalité est tout autre. Certains demandeurs d’asile, attendent sur place depuis plus d’un an et demie. En deux ans, il n’y a eu qu’un peu plus de 1 500 renvois dans le cadre de l’accord. Tandis que l’UE a accepté près de 12 500 syriens envoyés légalement depuis la Turquie.
La Turquie est devenue la nouvelle plaque tournante des migrations irrégulières vers l’Europe. L’Etat turc se sert des flux migratoires irréguliers traversant son territoire comme un outil lors de négociations stratégiques. Désormais, la politique de l’Union Européenne doit obligatoirement tenir compte de la Turquie qui est en position de force pour imposer ses conditions concernant l’immigration mais aussi concernant son adhésion à l’Union Européenne. Les migrants représentent en quelque sorte une monnaie d’échange…
Le drame de Lampedusa:
Le 3 octobre 2013, une embarcation partie de Libye avec près de 550 migrants clandestins, essentiellement érythréens, chavire juste devant les côtes de l'île paradisiaque de Lampedusa, au sud de l'Italie. Pêcheurs, secouristes, plongeurs récupèrent 155 survivants et 366 cadavres.
« Alors que tant de naufrages en Méditerranée, avant ou après, n'ont pas laissé de trace , les images de l'alignement des centaines de cercueils dans le hangar de l'aéroport font le tour du monde et lancent une série de dispositifs de secours au large de la Libye.» ( La Croix, 2/10/2018)
Ce drame éclate donc aux yeux du monde mais surtout aux yeux de l'Europe et de l'Italie, et soulève la question de la législation italienne et européenne relative aux migrants clandestins qui arrivent de plus en plus nombreux . « La maire de Lampedusa et la ministre italienne de l'intégration demandent à l'UE de prendre ses responsabilités et ne pas laisser à la seule Italie la prise en charge de ces arrivants ». ( La Croix, 2/10/2018)
" L'Observateur" publiait déjà le 14 mai 2013, « L'île de Lampedusa est devenue, surtout à partir des soulèvements du "printemps arabe", le point de chute de dizaines de milliers de réfugiés ou candidats à l'émigration en Europe ». De même, le pape François, en juillet 2013, qui a réservé son premier déplacement hors de Rome à Lampedusa, dénonce « la mondialisation de l'indifférence» envers les migrants ( VAO Afrique, 2/10/2018).
En réaction à ce naufrage, des opérations sont lancées par le gouvernement italien (Mare Nostrum) et l'UE (Triton et Sophia). Des ONG viennent aussi porter secours aux migrants près des côtes libyennes et les déposent directement en Sicile. Les arrivées en Italie explosent mais seules certaines urgences et une petite partie des migrants passent par Lampedusa.
Mais depuis début 2018, l'île voit arriver à nouveau de plus en plus de migrants partis pour l'essentiel de Tunisie. « Mais alors que les habitants ont longtemps aidé comme ils pouvaient, l'humeur a changé au cours des ans. » ( La Croix, 2/10/2018) La maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, prix Unesco de la paix, a été sèchement battue aux élections de 2017 par S. Martello, propriétaire d'un hôtel sur le port et président du consortium des pêcheurs et en même temps, la Ligue de Mattéo Salvini (extrême droite italienne) a obtenu 15% aux législatives de mars avec son slogan "les italiens d'abord".
L’Italie au début des crises migratoires fut donc un des premiers pays à accueillir les migrants. En effet, l’Italie a accueilli depuis 2013, 690 000 migrants. Et d’après des chiffres de l’institut italien des statistiques, 5 millions d’étrangers seraient en situation irrégulière en Italie. Le pays a fait face a une vague importante de migration en 2008 qui augmenta de 6,7 % la population étrangère en Italie. En effet elle est donc au dessus de la moyenne des autres pays Européens. Ces vagues de migrants provenaient en partie du Maghreb et d’Afrique Subsaharienne. L’Italie ne fut pas tant aidée par l’Union Européenne lors de ces crises migratoires mais elle a la responsabilité de tous les migrants arrivant sur son sol. Cependant, maintenant elle durcit sa politique d’accueil.
Les chiffres suivants témoignent en effet d’un durcissement de la politique de l’Italie :
-en 2016, 167 000 migrants débarquent sur les côtes italiennes
-en 2017, 31 % de moins soit 114 000
-et en 2018, au 31 juillet, sur un an, 81 % de moins soit 20 000 environ.
Elle est donc maintenant le pays qui accueille le moins de migrants, avec 2,4 migrants pour 1000 habitants contre 23,4 en Suède.
Ensuite, la population Italienne pense que le pays accueille beaucoup de migrants alors qu'au contraire, ce n’est pas le cas ou du moins pas autant. En effet, les habitants croient que le pays est constitué de 30 % de population issue de l’immigration alors qu’il n’y en a que 7 % !
Mattéo Salvini est actuellement le ministre de l'intérieur de l'Italie. Il est arrivé au pouvoir le 2 juin 2018. Il est aussi le chef de la Ligue du Nord qui s'est associé au mouvement 5 étoiles, un mouvement est qualifié d’anti système car il s'oppose au jeu traditionnel des partis politiques italiens. Lors de sa campagne, il a dit qu’il allait durcir la politique d’immigration du pays. La politique de M. Salvini est basée sur la peur de l’étranger, sur l’insécurité, que les partis d’extrême droite entretiennent faisant des migrants les responsables de la crise dans le pays et notamment du ralentissement de l’économie et du chômage élevé (les immigrés prendraient les emplois des italiens) . C’est ainsi que raisonne le Rassemblement National en France avec Marine Le Pen. « Les populistes sont persuadés que tous les maux du pays sont imputables à la présence d'immigrés sur notre sol »( d'après le documentaire télévisé du 25/09/18 sur France 2 "Histoire d'une nation").
Trois mois après avoir été élu, il met en œuvre ses dires. En effet, il propose au parlement italien un décret-loi qui sera adopté à 80 %, le 29 novembre 2018. Ce décret-loi nommé « Sécurité et Immigration » est censé limiter l'immigration clandestine. Cependant de nombreuses mesures adoptées ici sont controversées. En effet, le séjour accordé pour motif humanitaire est remplacé par un système au mérite: si le migrant a bien agi alors il se verra délivrer un des nombreux « permis spéciaux ». Les seules conditions de séjours seront délivrées à condition de calamités naturelles ou de problèmes médicaux.
Ensuite, les demandes d’asile ne seront pas examinées si le migrant a commis des délits tels que le vol. De ce fait, il sera aussitôt renvoyé dans son pays.
Puis les structures appelées SPRAR, qui accueillaient les migrants, et qui étaient l’unique système qui fonctionnait, ont été totalement abandonnées et ne serviront plus qu'aux mineurs non accompagnés et aux migrants ayant un statut de réfugiés.
L’état, ne financera malheureusement plus les associations privées ou les coopératives qui viennent en aide aux migrants.
Mais l'état décide aussi de baisser de 30 euros par jour les subventions qui étaient versées par les pouvoirs publics aux migrants.
L’évacuation de bâtiments occupés par des migrants clandestins sera rendue plus facile, et l’utilisation d’armes telles que des matraques électriques sera moins contrôlée.
De ce fait, l’opinion publique a pris part à de nombreuses manifestations , ce décret-loi menaçant gravement le droit d'asile en Italie. L’Église, quant à elle, est scandalisée par le fait que le gouvernement supprime du statut de protection humanitaire. Les organismes catholiques sont donc contre ce décret-loi. Ces nouvelles dispositions mènent donc à des tensions sociales.

Étude de cas : La France
En France, après les attentats de 2015, une réintroduction temporaire de la vérification des passeports aux frontières nationales a été mise en place comme le préconise la loi Schengen. Mais celle-ci perdure maintenant depuis près de trois ans. En revanche, les contrôles aux frontières extérieures de l’espace Schengen sont renforcés. En effet, il y a des contrôles au niveau des pays qui ne font pas partie de l’accord de Schengen. Cependant, ces contrôles ne peuvent pas être bien sûr réalisés sur l'intégralité du tracé des frontières. Certains accès sont contrôlés 24h sur 24 au niveau des postes frontières, tandis que d'autres ne font l'objet que de contrôles aléatoires, parfois dans un périmètre proche du poste, sur la route, à bord des trains internationaux, dans les ports ou les aéroports. L'objectif est de vérifier l'identité des personnes qui franchissent la frontière. Chaque personne contrôlée doit ainsi présenter à la police des frontières un document permettant de justifier son identité. Sur les axes routiers, les papiers et l'intérieur du véhicule font également l'objet de vérifications.
L'arrivée en 2011 de millions de migrants fuyant les révolutions arabes vers le territoire européen, en transitant par l'île de Lampedusa, amène alors l'Italie à délivrer des permis de séjour de six mois, les autorisant à circuler dans l'espace Schengen.
Mais la France décide de bloquer le 17 avril un convoi de migrants à Vintimille, à la frontière italienne, invoquant un risque de trouble à l'ordre public. Suite à la demande franco-italienne, la Commission européenne propose un règlement, adopté en 2013, pour renforcer l'Espace Schengen. De nombreux États en raison de la crise migratoire l’ont utilisé.
L’immigration est d’abord frontalière entre l’Allemande et la Belgique, elle s’est diversifiée à la fin du XIXe siècle, et plus encore après la Première Guerre mondiale pour répondre aux besoins de reconstruction du pays. Les immigrations italienne (communauté la plus nombreuse en 1930) et polonaise ont largement contribué à alimenter les secteurs de la mine, du bâtiment et de l’industrie sidérurgique et métallurgique. Après la Seconde Guerre mondiale, l’immigration Italienne a été remplacée par une immigration de courte durée, espagnole, portugaise, yougoslave, turque, tunisienne, marocaine et, enfin, originaire des pays subsahariens. L’immigration algérienne, quant à elle, est bien plus ancienne puisqu’elle a commencé dès la fin du XIXe siècle. où une immigration de masse est venue combler les pénuries de main-d’œuvre. La France est donc le plus ancien pays d’immigration en Europe dès la seconde moitié du XIXe siècle. Mais est-ce toujours le cas aujourd’hui ? La France est-elle une terre d'accueil ?
De nos jours il existe un réel clivage entre les politiciens français et les associations d'aide aux migrants au niveau de la question de l’immigration. En effet, beaucoup d'arguments soulevés par les politiciens sont parfois des amalgames dits de façon volontaire ou involontaire. Nous allons étudier différentes phrases polémiques qui prouvent ces contre-vérités, qui ne permettent pas une politique concrète, et freine l’accueil raisonné des migrants.
Les différentes phrases polémiques et les stéréotypes sur les migrants
1) « L’immigration coûte cher à la France »
Cette phrase est l'objet de vifs débats dans le monde politique, souvent initiés par le Rassemblement National qui avance des sommes considérables : «L’immigration nous coûte une fortune, au bas mot 70 milliards d’euros par an.» Marine Le Pen, présidente du Front national, le 13 octobre sur LCI. L’argument comme quoi l’immigration représente « une charge » selon F. Fillon, est très souvent utilisé par les politiciens. En effet, l’ancien Premier ministre François Fillon, a déclaré dans le Figaro du 14 novembre 2014 : « Il y a une nécessité absolue : rendre moins attractives les politiques sociales de notre pays. Je propose qu’on ne puisse plus avoir accès ni aux prestations d’aides sociales, ni aux allocations familiales, ni aux aides au logement moins de deux ans après l’arrivée régulière sur le territoire ». Il voulait alors limiter l’accès aux prestations sociales pour les immigrés.
Mais quel est l’impact fiscal de l’immigration ? Nous allons y répondre grâce à l’article « L’incidence fiscale de l’immigration », Informations sociales, vol. 194, no. 3, 2016, pp. 38-48. rédigé par Chojnicki, Xavier, et Lionel Ragot.
Quand les hommes politiques ou la population voient le coté négatif des migrants, ils regardent uniquement le coût moyen d’un migrant pour les comptes publics : les migrants sont 3,8 fois plus représentés que les natifs parmi les bénéficiaires du RMI, 2,5 fois plus dépendants des aides au logement, 1,6 fois plus nombreux à recevoir une allocation chômage et auraient 1,4 fois plus recourus aux aides à la famille. Cependant, ils ne mettent pas en avant l’apport des migrants dans l’économie française. En effet, les migrants actifs sont soumis, comme les natifs, aux différents prélèvements obligatoires (impôts sur le revenu, TVA, cotisations sociales, CSG, etc.). Les montants prélevés et perçus sont très variables d’un individu à un autre et, par conséquent, très sensibles à l’âge et au niveau de qualification. En effet, les jeunes et les plus âgés ont une contribution nette (la différence entre ce qu’ils versent et ce qu’ils reçoivent) négative car ils bénéficient du budget des administrations publiques. À l’inverse, les actifs, en s’acquittant de prélèvements obligatoires plus conséquents que ce qu’ils ne reçoivent comme transferts publics, ont une contribution nette positive. Même si leur contribution individuelle est plus faible pour les immigrés, ils sont plus nombreux en pourcentage à être dans les classes d’âge où celle-ci est positive, nous pouvons en effet, le constater grâce à cette pyramide des âges.
2) « Les migrants envahissent la France »
D’après le projet « More in Common » une très large majorité de Français pense que le rythme de l’immigration s’est accéléré : 85 % pensent que le nombre d’étrangers vivant en France a augmenté ces cinq dernières années (dont 62 % jugent qu’il a beaucoup augmenté). Cette vision va être soutenu par M. Wauquier le président du parti les Républicains « L’année dernière est le record du nombre de titres de séjour donnés par notre pays depuis trente ans » selon lui, les cent mille demandes d’asiles reçues par la France en 2017 témoignent que l’accueil des migrants dépasse les capacités du pays, et de l’Europe, explique-t-il sur la chaîne de télévision BFM.
Les migrants en situation irrégulière sont difficiles à dénombrer car certains n’ont jamais entamé de démarches administratives et d’autres qui ont été déboutés du droit d’asile ne sont pas effectivement expulsés (La Cimade estime qu’en moyenne 10 % des déboutés sont renvoyés dans leurs pays).
D’après les statistiques publiées par l’INED que l’on retrouve sur le graphique ci-dessous, on constate que l’immigration régulière est à peu près constante aux alentours de 200 000 migrants par an en France, depuis une dizaine d’années.
La dernière donnée d’après l’Eurostat est de 2016 et indique un nombre de migrants réguliers légèrement supérieur, d'environ 250 000 personnes qui s’explique par les nombreux conflits dans plusieurs pays.
De plus, si on compare la situation de la France par rapport à nos voisins européens, elle a accueilli 5,7 migrants pour mille habitants, ce qui la place en queue de peloton dans les pays européens comme nous pouvons le voir sur le graphique réalisé par Eurostat ci-dessous.
3) « Les migrants volent le travail des Français »
Il y a beaucoup de préjugés par rapport à cette phrase « L’immigration renforce le chômage et la crise », car le taux de chômage en France est un des plus élevés en Europe avec 8,9 % en novembre 2018. Cet argument est souvent repris par certains politiciens comme Marine le Pen en 2012 qui dit "Ils volent votre portefeuille" .
Un migrant ne peut prétendre à un emploi déclaré que s’il est demandeur d’asile. Sinon la loi française interdit par principe d’avoir accès au travail sans document, titre ou carte lui donnant un droit de résidence sur le sol français. Mais le droit français est contradictoire car s’il interdit aux migrants de travailler en situation irrégulière, il leur permet aussi d’être régularisés après avoir travaillé. C’est ce qu’on appelle « La régularisation par le travail » qui ouvre une admission au séjour d’un immigré en situation irrégulière mais les conditions d’obtention sont difficiles. Il faut que le migrant :
- dispose d’un contrat de travail,
- justifie d’une ancienneté de séjour en France de 5 ans minimum,
- de 8 mois de travail sur les deux dernières années,
La circulaire Valls datée de 2012 ajoute des conditions supplémentaires :
- ne pas avoir commis de trouble à l’ordre public,
- ne pas être polygame,
- être bien inséré dans la société (bonne maîtrise de la langue française).
On peut se demander, quel employeur prendrait le risque pénal et fiscal (puisqu’il n’a pas payé de cotisations) de revendiquer que l’un de ses salariés travaille au noir depuis plusieurs années ?
De ce fait, de nombreux migrants sont obligés d’avoir un travail dissimulé pour subvenir à leurs besoins. On peut donc considérer que les migrants ne peuvent pas voler le travail déclaré des Français et sont obligés d’avoir en majorité un travail dissimulé dans une économie souterraine mais qui permet tout de même d’augmenter le PIB du pays.
4) « Les migrants viennent en France pour profiter des allocations »
Talia a 28 ans et vit à Lyon. Elle est serveuse dans un restaurant depuis 10 ans. Elle est ferme sur son intention de vote pour Marine Le Pen du 23 avril 2017 « Je bosse comme une folle dans la restauration pour un salaire de misère alors que ma voisine, immigrée vit mieux que moi avec son RSA et ses allocations. Comment ne pas être en colère ? » dans l'article du journal "Rue 89 Lyon" publié le 13 avril 2017.
Sur les réseaux sociaux, on peut lire les informations suivantes :
"Les migrants touchent 524 euros de RSA" ;
"Les migrants bénéficient des allocations logement" ;
"Les migrants touchent plus de 1 000 euros d'aides spécifiques" : 340 euros mensuels d'allocation temporaire d'attente + 718 euros d'allocation mensuelle de subsistance.
En réalité, les migrants ne touchent pas le RSA, ni les allocations logement car pour recevoir ces aides, il faut :
Être en possession d’un titre de séjour,
Avoir une attestation de la préfecture indiquant que la personne est autorisée à travailler depuis 5 ans.
Si le statut de réfugié finit par leur être accordé, ils peuvent alors avoir accès aux allocations logement.
Les aides que tout migrant peut recevoir sont :
l’allocation temporaire d'attente (ATA) qui s’élève à 11,45€ par jour et par personne s’ils ne bénéficient pas d'un hébergement d'urgence.
l’allocation mensuelle de subsistance (AMS) qui est de 91 euros par mois et par personne si celle-ci est hébergée en Centre d'accueil de demandeur d'asile (CADA), ce qui correspond à 3€ par jour. Ce montant est plafonné à 718€ par mois pour une famille de 6 personnes.
Mais attention, pour pouvoir bénéficier de ces allocations, les migrants doivent obligatoirement faire une demande de droit d'asile. En attendant la décision administrative sur leur sort, ils disposent d'une autorisation provisoire de séjour mais demeurent en situation irrégulière sur le territoire.
Tous les migrants n'en font pas la demande mais ces aides sont un minimum vital pour se nourrir dans l'urgence.
5) « Les migrants viennent en France pour se faire soigner »
Pour les migrants, l’accès aux soins en France est difficile. Pourtant, la majorité d’entre eux fait face à de graves traumatismes ou à des maladies qui nécessiteraient un suivi médical.
Il existe différents dispositifs pour aider les personnes sans papier, sans couverture sociale et en grande précarité :
- les permanences d’accès aux soins de santé (PASS) avec plusieurs centres en France mais pas dans toutes les villes,
- l'aide médicale d'Etat (AME) qui permet aux immigrés en situation irrégulière de bénéficier de soins médicaux gratuits pendant un an (renouvelable). Mais pour en bénéficier, il faut justifier d'une résidence stable en France (y être installé depuis au moins trois mois) et ne pas avoir gagné plus de 9 631 euros l’année précédente.
- une visite médicale obligatoire à l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), mais cette visite n'est dispensée qu'après l’obtention d’un titre de séjour.
Une enquête menée par l’Observatoire Européen sur l’accès aux soins des étrangers en situation irrégulière montre, parmi les personnes interrogées dans les centres de soins de Médecins du Monde de onze pays d’Europe, que seulement 6 % d’entre elles avancent la santé comme raison de leur migration, tandis que 56 % affirment avoir quitté leur pays pour des raisons économiques et que 26 % expliquent leur départ par des motifs politiques, religieux ou ethniques.
En France, où existe pourtant un dispositif permettant l’accès des sans-papier aux systèmes de soins, seules 10 % des personnes en situation irrégulière avancent la raison de la santé pour la migration, un chiffre assez proche du pourcentage que l’on retrouve en Grèce (8,5 %), pays qui est l’un des plus défavorables à l’accès aux soins de ces populations.
Par conséquent, on ne peut pas conclure que la majorité des migrants souhaitent venir en France pour profiter du système de soin de notre pays. Comme tout être humain, ils peuvent être malades et doivent donc être soigner. En voyant les problèmes qu’ils rencontrent pour survivre et les conditions difficiles du trajet pour migrer, on comprend aisément qu’ils aient une condition physique plus altérée et peuvent être plus souvent malades.
6) « Les migrants sont mieux logés que les SDF »
Sur les réseaux sociaux et d’après les déclarations de quelques hommes politiques ou d’émissions de télévision, certains déclarent qu'il y a plus de structures d'accueil pour les migrants que pour les SDF.
"Alors que les Français sont toujours plus nombreux à être confrontés à la précarité, que certains sont contraints de dormir dans leur voiture ou même dans la rue – et y meurent parfois ! – il est absolument scandaleux que la maire de Paris Anne Hidalgo utilise l’argent des contribuables pour loger des immigrés illégaux", déclarait, récemment, Nicolas Bay, le secrétaire général du Front National.
Qu’en est-il vraiment ?
Les migrants et les sans-abri munis de papiers français ou de titres de séjours ne sont pas pris en charge par les mêmes dispositifs. Tous les SDF, français ou d'ailleurs, peuvent, certes, être hébergés dans des centres d'hébergement d'urgence (CHU), accessibles via le 115 sans aucune condition administrative. Il existe aussi pour eux un parc de logements sociaux composés de studios d’insertion, résidences sociales, maisons relais, appartements de coordination thérapeutique (ACT).
Pour les migrants, il existe différents types d’aides au logement selon les procédures entamées et l’avancée de leur dossier de régularisation, ainsi :
pour les migrants en situation irrégulière, ils pourront être hébergés, avant même le dépôt d’un dossier, dans l’un des centres d’accueil et d’orientation (CAO) ouverts à l’automne 2015. Ces centres sont répartis sur l’ensemble du territoire, dans des casernes, des résidences universitaires, centres de vacances, auberges de jeunesse…
Il existe aussi des centres de transit comme à Calais, appelés centres d’accueil provisoire (CAP) qui consistent en 125 conteneurs empilés et numérotés qui peuvent accueillir au total 1 500 personnes réparties en dortoirs de 12 lits.
pour les migrants en cours de régularisation, s’ils déposent une demande de régularisation afin de rester en France, ils peuvent être accueillis durant toute la durée de l’étude de leur dossier dans l’un des centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA). Durant la période d’attente, entre le premier rendez-vous en préfecture et la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour (APS), les demandeurs d’asile sont dirigés vers l’hébergement d’urgence (HUDA).
pour les demandeurs d’asile sous procédure Dublin (réglementation européenne qui contraint de transférer le migrant vers le premier pays de l’Union où il a posé le pied), il n’a droit, de façon temporaire, qu’à un hébergement d’urgence de droit commun, par exemple un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) réservé aux sans-abri, sans orientation ni allocation d’aide.
pour les mineurs isolés, étrangers, demandeurs d’asile, ils sont accueillis par les conseils départementaux en foyer de l’enfance, ou dans des établissements du secteur associatif, adossés au dispositif des CADA.
pour les réfugiés : une fois ce statut obtenu, le migrant a le droit de rester dans le centre pendant encore trois mois (renouvelable une fois). Puis, il peut demander à bénéficier d’une place en centre provisoire d’hébergement (CPH) pendant une période de neuf à douze mois.
Dans tous les cas, il n’est pas possible aux migrants de choisir ou de refuser la proposition de logement qui leur est faite, sous peine d’être exclus du dispositif auquel ils sont rattachés.
Les migrants qui ne veulent pas être rattachés à un dispositif afin d'être plus libres de leurs mouvements, préfèrent donc se loger dans des tentes ou sous les ponts.
Le développement sur les réseaux sociaux des idées préconçues, non vérifiées et soutenues par l’opinion publique sur les migrants, va influencer les hommes politiques dans leurs programmes pour les futures élections et réciproquement. En cette période de crise économique et de chômage, il y a une renaissance du nationalisme xénophobe. La confusion, parfois voulue, entre étranger et immigré, ainsi que les fantasmes sur le nombre d’immigrés, souvent surestimé, alimentent parfois les tensions.
L'immigration et les programmes politiques
Nous allons voir les cinq principaux candidats et leur programme sur l’immigration lors de l'élection présidentielle 2017.
1- Jean-Luc Mélenchon dont le parti est « La France insoumise », considère que quitter son pays est une « souffrance » et veut lutter contre les causes d’émigration : les guerres, les accords commerciaux « qui détruisent les économies locales », le changement climatique. Pour cela il souhaite accroître les moyens de sauvetage en Méditerranée en refusant « la militarisation » des flux migratoires en Europe et l’accord avec la Turquie. Il voudrait organiser une conférence internationale annuelle sur les migrations et programmer des aides au retour au pays pour les réfugiés qui le souhaitent. Il aimerait créer une organisation mondiale des migrations liée à l’Onu. En France, il veut développer des cours d'alphabétisation et de langue française pour les non-francophones, ainsi que rétablir la carte de séjour de dix ans comme titre de séjour de référence, mais aussi construire des camps d’accueil et faciliter le droit d’asile. Pour finir, il dénonce les accords du Touquet qui représentent un accord entre la France et le Royaume-Uni signé le 4 février 2003, qui prévoit le renforcement des contrôles aux frontières et a pour effet le "déplacement de la frontière britannique" de Douvres (Royaume-Uni) à Calais (France).
2- Benoît Hamon est membre du parti Socialiste. Il ne veut pas introduire l’immigration dans son programme comme une priorité et considère donc que la question des migrations doit se régler au niveau européen par l’instauration de normes. Il souhaite alors, une répartition des demandeurs d’asile en fonction des « capacités d’accueil » des pays de l’Union Européenne. Benoît Hamon, veut créer un visa humanitaire pour les réfugiés et la « fluidification » des allers-retours pour les migrations de travail. Pour éviter l’immigration économique, il propose de consacrer 0,7 % du PIB à l’aide publique au développement pour « accompagner les transitions » en Afrique et en Méditerranée. Comme Jean-Luc Mélenchon, il voudrait accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales. Il autorise les réfugiés à travailler et renforce les moyens d’apprentissage de la langue française.
3- Emmanuel Macron, notre président, élu à l’élection présidentielle le 7 mai 2017, représente le parti « En Marche ». Il souhaite maintenir la politique actuelle, mais veut donner la priorité à l’intégration « par la maîtrise de la langue » et « la connaissance des valeurs de la République » en garantissant le droit à une formation linguistique à tous les étrangers en situation régulière ou encore, faciliter l’accès de visas aux « talents étrangers (créateurs d’entreprises, investisseurs, chercheurs, artistes) ». Il souhaite que la France accueille des réfugiés, mais il veut aussi réduire les délais d’examen des demandes d’asile à moins de 6 mois. Il veut s’assurer que toutes les personnes dont les demandes ont été rejetées seront reconduites à la frontière et qu’au niveau Européen, les contrôles aux frontières soient renforcés.
4- François Fillon candidat des Républicains, souhaite inscrire dans la Constitution le principe de quotas d’immigration fixés par la loi en fonction des capacités d’accueil françaises et d’intégration des demandeurs, pour, comme il le dit, réduire l’immigration à son « strict minimum ». Il souhaite également restreindre les conditions du regroupement familial ou de l’attribution de la nationalité française. Il voudrait réserver les prestations sociales à une présence régulière en France depuis au moins deux ans et mettre systématiquement les sans-papier en détention, quel que soit le délit. Le placement en rétention pourrait durer jusqu'à six mois. Il souhaiterait que la politique d’immigration soit financée par des taxes sur les titres de séjour et sur l’attribution de la nationalité, et que les demandes d’asile soient traitées plus rapidement. Le traité de Schengen est renégocié pour permettre des contrôles aux frontières nationales et il souhaiterait les renforcer.
5- Marine Le Pen fait partie du « Rassemblement National », elle a les propositions les plus drastiques en matière d’immigration, puisqu’elle veut limiter le solde annuel à 10 000 immigrés seulement ( à titre de comparaison le nombre de place du stade de France est de 80 000 soit 8 fois plus). Mais elle souhaite aussi supprimer le droit du sol qui accorde la nationalité aux enfants nés sur le sol français : on ne deviendrait français que par filiation et naturalisation. Elle veut sortir de l’espace Schengen et rétablir les frontières nationales. Elle veut interdire la régularisation des étrangers en situation illégale et mettre fin au regroupement familial automatique ou à la naturalisation par mariage. Elle n'accorderait des prestations sociales aux immigrés qu'après deux ou plusieurs années de séjour régulier en France, supprimerait l'Aide médicale d’État (destinée aux étrangers sans papiers), contrôlerait le financement des mosquées. La candidate du « Rassemblement National » veut aussi réduire les conditions de demande du droit d’asile. L’embauche de salariés étrangers donnerait lieu au paiement d’une « taxe additionnelle » et les logements sociaux seraient « réservés prioritairement » aux français.
La politique actuelle de notre gouvernement
Depuis 1 an et demi, M. Emmanuel Macron est président de la République. Nous allons voir maintenant, ce qu’il a mis en place pour notre pays.
Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur durant les 16 premiers mois du mandat de M. Macron a présenté une loi intitulée «pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif», qui a été adoptée le 10 septembre 2018. Les dispositions de cette loi n°2018-778 relatives à l’asile et à la lutte contre l’immigration irrégulière sont entrées en vigueur le 1er janvier 2019.

La loi poursuit trois objectifs :
• la réduction des délais d’instruction de la demande d’asile : les migrants qui arrivent en France ne disposeront que de 90 jours à compter de leur arrivée pour déposer une demande d’asile, contre 120 précédemment. Le délai d’instruction de la demande d’asile d’un migrant par l’administration sera réduit à six mois et les déboutés seront reconduits plus facilement à la frontière.
La durée maximale de détention dans un centre de rétention pour les migrants passera de 45 à 90 jours et la retenue administrative pour vérification du droit de séjour passera de 16h à 24h.
• le renforcement de la lutte contre l’immigration irrégulière
• l’amélioration de l’accueil des étrangers admis aux séjours pour leurs compétences et leurs talents : la mobilité des étudiants et chercheurs entre leur pays d’origine et la France sera facilitée. La recherche d’emploi sera facilitée pour ceux qui auront terminé leurs études en France et justifieront d’un niveau suffisant. L’autorisation de séjour sera aussi améliorée s’ils sont salariés d’entreprises innovantes.
On constate que cette loi correspond assez bien à son programme électoral.
L'immigration et les associations
En dehors des programmes politiques, des associations qui viennent en aide aux migrants proposent d’autres alternatives en contredisant l'opinion publique. Nous allons voir les propositions de trois associations :
1- Amnesty International, est une association qui milite pour le respect des droits humains, a
lancé une pétition contre la loi Colomb avant qu’elle ne soit votée. Elle était contre :
• la mesure rendant plus compliquée la possibilité de faire appel devant la cour nationale du droit d’asile, permettant le renvoi d’un migrant avant même la fin de sa procédure d’asile ou allongeant la durée de détention pour les migrants
• le « délit de solidarité » où une personne venant en aide à un migrant pouvait être poursuivie en justice.
Leur première revendication n’a pas été écoutée. Quant à la deuxième, elle a été abondée avec quelques modifications alors que ce n’était pas prévu mais les personnes venant en aide aux migrants continuent d’être menacées de poursuites pénales contrairement aux dispositions du droit international.
2- LE GISTI est un Groupe d'Information et de Soutien aux Travailleurs Immigrés, considère que cette loi vise en réalité essentiellement à éloigner davantage de personnes de la France, et les éloigner plus sûrement. Elle modifie à cette fin tous les chapitres du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda), en imbriquant étroitement asile/séjour/éloignement. Les quelques mesures présentées comme positives ne concernent en réalité que très peu d’étrangers.
3- LA CIMADE est une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les
demandeurs d’asile. Avec ses partenaires en France comme Amnesty International, Ligue des droits de l’Homme, ADDE (Avocats pour la défense des droits des étrangers) et à l’international avec le RADDH (Réseau des avocats de défense des droits de l’Homme) en Algérie ou encore en Tunisie le FTDES (Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux), elle agit pour le respect des droits et de la dignité des personnes. Elle considère que la nouvelle loi est une véritable chute des droits pour les migrants.
Les principales mesures que LA CIMADE déplore dans cette loi sont :
. l’allongement de la durée de la rétention administrative jusqu’à 90 jours y compris pour les familles accompagnées d’enfants mineurs ;
• une intervention du juge des libertés et de la détention dans les quatre jours suivant le placement en rétention ;
• la réduction du délai pour déposer une demande d’asile ;
• l’absence de recours suspensif pour les personnes originaires d’un pays dit « sûr » qui demandent l’asile et pour celles qui demandent un réexamen ou qui sont considérées comme présentant un trouble grave à l’ordre public ;
• la systématisation des mesures de bannissement et la multiplication de mesures de surveillance à l’encontre des personnes étrangères ;
• l’extension des possibilités de prononcé d’une interdiction du territoire français ;
• la banalisation des audiences par visio-conférence ;
• la complexification de la procédure de reconnaissance de filiation et le durcissement de l’accès à un titre de séjour pour les parents d’enfants français ;
• le fichage des mineurs isolés ;
• la possibilité pour les préfectures de passer outre les avis médicaux dans le cadre de la procédure de régularisation pour raisons de santé.
LA CIMADE considère que cette loi est complétement défavorable aux migrants et ne répond pas aux enjeux migratoires de notre époque.
Exemples d'accueils de migrants
1- Depuis trois ans, de fin décembre à début mars, la commune de Pessat-Villeneuve de 600 habitants dans le Puy-de-Dôme, accueille chaque année une cinquantaine de migrants.
La première année, le maire Gérard DUBOIS a dû se montrer pédagogue et convaincre ses administrés qui étaient très réticents. Maintenant, tout se passe bien. Les migrants sont logés dans des baraquements dans la cour du château. Une trentaine de bénévoles s'investissent à tour de rôle auprès des migrants. Repas, loisirs, cours de français... En attendant ils vont obtenir leurs papiers, apprendre et améliorer leur français et construire un projet. Puis ils iront dans des logements adaptés à leurs situations et continueront à être accompagnés pendant huit mois jusqu'à une complète autonomie.
2- Le village de Campôme (110 habitants) dans les Pyrénées Orientales a accueilli 18 migrants de la jungle de Calais pendant l’hiver 2016. Le maire Christophe Carol tire un bilan très positif de ce séjour. Des liens se sont tissés avec la population. Certains habitants ont offert des cours de français aux migrants. La méfiance a vite laissé la place à la solidarité dans le village. Et cela s'est bien passé. Si bien que le village est prêt à accueillir à nouveau des migrants.
3- Oloron Sainte Marie, commune de 11 000 habitants, dans les Pyrénées-Atlantiques, accueille une vingtaine de migrants depuis 2016 pour quelques mois. Cette ville essaie de développer l’intégration des migrants par le travail. Malheureusement, en 2017, un migrant souffrant de problèmes psychiatriques a poignardé une personne âgée. Mais la ville n'a pas repoussé les migrants pour autant puisqu'elle en a accueillis d'autres après. Certains d'entre eux sont un exemple d'intégration par le travail. En effet, Ahmed, le Soudanais, dans une entreprise de travaux publics et Khalil, le Kurde syrien, dans une entreprise d’insertion travaillant dans le domaine de l’environnement.
4- Le village de Saint-Beauzire de 500 habitants dans le Puy-de-Dôme, accueille une centaine de migrants et les accompagne au quotidien dans leur apprentissage de la culture française. Les intervenants sont en majorité bénévoles, il n'y a que quelques salariés. Six familles vivent dans des gites et 72 hommes seuls habitent un peu plus loin dans un centre de vacances. Pour les adultes, une leçon de français par jour est organisée. Les enfants vont à l’école primaire du village. L'intégration des migrants se fait sans problème d'autant plus qu'ils contribuent au développement économique du village et de ses alentours. En effet, les migrants ayant la volonté de rester en France, sont des travailleurs appréciés par les entreprises qui peinent à trouver des candidats.
5- Dans le village d’Allex dans la Drôme (2500 habitants), le préfet avait décidé d’ouvrir un centre d’accueil et de d’orientation de migrants (appelé CAO) dans le village en septembre 2016 pour 50 migrants. Une grande partie de la population était contre cette idée et le maire (divers droite), Gérard Crozier, avait voulu organiser un référendum pour avoir l’avis des habitants du village. Mais au cours d’un conseil municipal agité, quelques élus et habitants avaient avancé, envers et contre l’air du temps, que si tout le monde y mettait du sien, il était probable que tout se passe bien. Le conseil municipal a donc finalement décidé de créer le CAO.
Celui-ci étant à l’écart du village, les personnes réticentes n'étaient pas en contact direct avec les migrants, seule une poignée d’habitants se sont investis bénévolement, d’autres ont accepté de donner des vêtements. Les bénévoles ont créé une association sous le nom d’Andrie Andra, et a ouvert un bar associatif, nommé Le Phare (d’Allex Andrie Andra !). Un collectif de soutien aux réfugiés s’est également constitué. Différentes actions ont vu le jour : des cours de français, l’aménagement d’une salle de sport avec l’aide d’étudiants d’un IUT, la réalisation d’un jardin maraicher dans le parc du château, des repas partagés, des sorties organisées.
Le préfet a décidé la fermeture du CAO en septembre 2018 malgré la contestation des bénévoles.

6- Le village de Châteaudouble dans le Var (480 habitants) accueille 72 demandeurs d’asile depuis septembre 2018 dans l’ancienne maison de retraite inoccupée et transformée en CAO.
Différents sites d'extrême droite les présentent comme des « migrants clandestins » et affirment qu'une grande partie du village s'inquiète de leur arrivée.
Par exemples, Riposte Laïque (qui annonce la "mort d'un village français") ou encore le blog ultranationaliste de Boris Le Lay, qui dans une publication Facebook alarmante (« Toujours plus loin dans la folie »), dénoncent ainsi l’ouverture du CAO.
Même son de cloche chez Frédéric Boccaletti, président du groupe Rassemblement national au Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui dénonce sur Twitter, l’arrivée de « 72 clandestins » dans un village de « 470 habitants ».
D'après un article dans Var Matin, Frédéric Boccaleti, aurait fait une concertation auprès des habitants qui, eux aussi, ne voudraient pas de ce CAO « Seul notre mouvement s'est saisi de ce scandale. Plusieurs opérations sur le terrain ont été menées - rencontre avec les habitants, intervention massive sur les réseaux sociaux, et j'en passe. Nous avons évidemment adressé une lettre ouverte aux habitants pour leur demander réellement ce qu'ils en pensaient. La balle est maintenant dans le camp du préfet, à qui j'ai solennellement demandé l'abandon de ce projet (le 21 août 2018)». Finalement, le CAO s'est bien ouvert et a accueilli des migrants en attentes de leur droit d'asile par petits groupes d'abord, pour atteindre 72 personnes ensuite, avec un encadrement de professionnels faisant partie d'une association. Selon l'article de Var-Matin du 03 juillet 2018, il semble que les habitants ne soient pas tous opposés, plutôt inquiets mais compréhensifs.







