Travaux Personnels Encadrés
Un départ plein d'espoir

Des migrants d'horizons différents
Les flux de migrations clandestines entre l'Afrique du Nord et l'Europe méditerranéenne
Ce document est une carte, datant du 28 février 2011, où l'on peut voir les flux migratoires sur les sols africains et européens. Nous pouvons observer qu’il y a de nombreuses migrations à l'intérieur du continent Africain qui se dirigent ensuite de l'autre coté de la Méditerranée (par exemple, de Tamanrasset au sud de l'Algérie jusqu'en Espagne, en traversant l’Algérie et le Maroc). Ce document nous présente aussi les pays qui émigrent le plus. En effet, la Libye est le pays ayant la plus grande quantité d’émigrants avec 2 000 000 de clandestins, suivie de trois autres pays : l’Algérie avec 500 000 clandestins, la Turquie avec 300 000 et enfin le Maroc avec 200 000. Ces clandestins utilisent plusieurs trajectoires pour arriver en Europe à travers la mer Méditerranée principalement, par le détroit de Gibraltar, aujourd'hui, car le passage en bateau du nord de la Lybie jusqu'en Italie est devenu trop difficile.
De plus, d’après l’Ined nous savons qu’en 2015, 58,2 % des immigrants mondiaux viennent d’Afrique et que la France est composée de 5,7 immigrés pour 1 000 habitants en 2010.
Des routes bien différentes
Carte et graphique correspondant aux principaux flux de migrations entre l'Afrique et l'Europe en 2015


Notre première carte montre les frontières de l’Union Européenne et de l’Afrique. En effet, nous pouvons voir que ces frontières sont franchies par trois différentes routes majeures. Plusieurs milliers de migrants la traversent chaque année. Le graphique montre qu'en 2015 un fort pic de migrations a eu lieu. Les personnes passaient en grande partie par la route orientale. Depuis, le nombre d’arrivée a fortement baissé, et est tombé à 43 694 en 2018 contre 1 015 848 en 2015. Les routes empruntées étaient alors toutes équivalentes. Un tiers passait par la route orientale, un autre tiers par la route occidentale et enfin un dernier tiers par la route centrale.
Des migrants tous différents
Chaque jour, un grand nombre d’individus immigre vers L’Europe à travers le bassin méditerranéen. Ils ont chacun des raisons différentes qui les poussent à émigrer. Dans la majeure partie des cas, celles-ci sont d’origines politiques (dictature, racisme), religieuses, sociales (guerre, esclavage), et principalement économiques (pauvreté). Le monde compte 972 millions de migrants, dont 232 millions ayant voyagé d’un pays à un autre. Les 740 millions restants sont des migrants internes (c'est à dire qu'ils migrent à l'intérieur de leur pays). Un humain sur trente aurait migré dans le monde.
Chacune de ces causes permet de distinguer plusieurs types de migrants. En effet, nous observons trois types de migrants.
Tout d’abord il existe le migrant sans papier ou clandestin qui ne respecte pas les lois sur l’immigration du pays dans lequel il arrive. Il n’a donc pas les papiers requis par le pays (pas de carte de séjour pluriannuelle, d’autorisation provisoire de séjour, de carte de résident, par exemple). Parmi ces clandestins il peut y avoir :
- des travailleurs migrants qui exercent une activité rémunérée dans un état dont ils ne sont pas ressortissants, ils contribuent donc à l’économie du pays où ils sont accueillis. Ils n’ont alors pas accès à une protection sociale équivalente à celle d’un citoyen du même pays.
- des migrants économiques qui changent de pays afin de trouver un travail ou d’avoir un meilleur avenir économique.
- des migrants politiques qui immigrent à cause d’une guerre ou de la politique du pays d'origine du migrant qui le met en danger et le pousse à partir.
Par la suite, ces clandestins-là peuvent devenir légaux en demandant l’asile dans le pays d’accueil. C’est une procédure qui vise à obtenir la reconnaissance du statut de réfugié ou de protection subsidiaire. Le réfugié est une personne craignant avec raison d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social, de ses opinons politiques. Il se trouve donc hors du pays dont il a la nationalité et ne peut plus réclamer la protection de ce dernier ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner. Cependant, les procédures de détermination du statut de réfugié sont difficiles à mettre en œuvre, parfois inefficaces et de longue durée.
Pour finir, il existe les migrants internes qui migrent sur un même territoire (ville, département, région, canton), mais nous ne nous intéresserons pas à eux ici.
Des migrants parfois jeunes

Ce tableau à double entrée provenant des données AGDREF va nous permettre de montrer les flux d’immigration par sexe et âge en 2015. Les personnes étudiées sont des bénéficiaires d’un premier titre de séjour d’un an et plus.
Dans la majeure partie des cas les migrants bénéficiaires d’un titre de séjour sont des femmes. En effet, elles représentent 51,6 % des migrations soit 108 447 des bénéficiaires d’un premier titre de séjour contre les hommes, qui représentent 48,4 % soit 101 593 des bénéficiaires d’un premier titre de séjour. Principalement âgés de 18 à 35 ans ces migrants représentent en fait 210 040 migrants au total. 64,5 % sont âgés de 18 à 34 ans et 10,2 % âgés de 0-17 ans.
Étudions le cas du Maghreb, selon l’article tiré de cairn.info où les personnes qui immigrent sont principalement des jeunes de 17 à 18 ans ou de 30 à 35 ans. Souvent étudiants, ils arrêtent leurs études pour un déplacement vers une nouvelle vie en Europe. Ainsi ils goutteront à une nouvelle expérience et pourront avoir de plus grandes chances de réussite. Cependant les causes d’immigration étant souvent économiques, les personnes arrivent en Europe sans argent. Elles ne bénéficient donc pas de sécurité sociale et du service public et doivent donc tout payer.
Après l’interview de la Mission Locale, nous avons étudié le cas des mineurs non accompagnés (MNA). Les MNA sont des immigrés mineurs qui arrivent en France sans famille, sans accompagnateur, ils représentent 50 000 migrants aujourd’hui. L’État a une mission de mise à l’abri, d’évaluation et d’orientation envers ces jeunes. Le dispositif DEMIE 75 de la Croix Rouge à Paris a pour rôle de déterminer si les jeunes qui viennent sont réellement mineurs et s' ils peuvent bénéficier d’un logement au titre de la protection de l’enfance. Le prix d’accueil pour un MNA coûterait autour de 55 000 € d’après France Terre d’Asile. Ce coût prendrait en compte le logement, la scolarisation du MNA et tout les frais tels que l'habillement. Ce coût reste annuel et est supporté en grande partie par le département accueillant le MNA.
Des raisons de migrer différentes
Les flux migratoires entre les principales zones de départs et d'installation

Ce document est une carte où l'on peut voir les flux migratoires dans le bassin méditerranéen. Nous pouvons observer qu’il y a de nombreuses migrations qui partent de l'intérieur du continent Africain pour se diriger vers l’Europe. Par exemple du Mali vers l’Espagne ou encore de l’Algérie vers la France. Cette carte nous montre aussi les pays de fortes émigrations comme le Maroc, l’Algérie et la Tunisie mais aussi les pays de fortes immigrations comme la France, la Tunisie et l’Allemagne.
Il existe autant de raisons d’immigrer que d’immigrants. En effet, de nombreuses causes sont énoncées. Nous allons en traiter trois :
1) Des inégalités croissantes dans les pays d'émigration :
La population ne fait qu’augmenter jusqu’à devenir trop importante pour les ressources de chaque pays. De plus, au XXème siècle, les pays pauvres deviennent encore plus pauvres et les riches encore plus riches. Les habitants les plus pauvres cherchent alors à quitter leur pays pour un pays plus prospère. En Afrique Subsaharienne, près de la moitié des habitants gagnent moins de 1 euro par jour. Dans les pays pauvres, l’espérance de vie est de 61 ans, 80, dans les pays riches.
2) Des pays riches attrayants :
Tout le monde a désormais accès à la télévision ou à internet dans le monde, et notamment aux programmes des pays riches. Leurs images imposent un même modèle de réussite par l’argent et montrent la réalité de façon souvent trompeuse. Beaucoup d’émigrants pensent ainsi trouver une vie meilleure dans le pays d’accueil.
3) Une histoire de famille :
Les migrants ne partent pas seulement pour eux-mêmes. Ils migrent aussi pour leur famille ou leur communauté. En Afrique subsaharienne, les femmes ont 6 enfants en moyenne, contre 1,5 en Europe. En 2050, 40 % des naissances mondiales seront africaines. Les expatriés envoient de l’argent pour améliorer les conditions de vie de ceux qui sont restés au pays.
Certaines raisons politiques ou encore économiques peuvent donc pousser les personnes à partir pour se protéger et pour éviter de faire face à de lourds conflits.
Pour mieux expliquer cela, nous allons étudier le cas d'un pays émigrant, la Tunisie.
Cas de le Tunisie
Sept ans après la révolution, si la dictature a disparu avec la chute de Ben Ali le 14 janvier 2011, les espoirs de vie meilleure se sont fracassés, grossissant les rangs des candidats au grand départ.
En effet, en Tunisie, à la révolution, un jeune sur trois était au chômage malgré les diplômes obtenus. Outre le départ du dictateur et l’instauration d’une démocratie, les manifestations exigeaient de meilleures conditions de vie, des emplois et de la dignité (« karama » en arabe).
La situation, aujourd’hui, dans le pays est que le dinar tunisien a chuté de 60 % en deux ans par rapport au dollar américain. Selon l’universitaire tunisien R.Chkoundali professeur de l’enseignement supérieur en sciences économiques lors de l’interview pour France Culture le 14 janvier 2019, la dépréciation du dinar est due à l’aggravation du déficit commercial (passant de 4,8% du PIB en 2010 à 12,3% en 2018), du déficit courant (de 4,4% à 10,2%) et de l’inflation (de 3,4% à 7,5%). Le pouvoir d’achat du citoyen s’est donc dégradé de 88% durant la période 2010 à 2018. Selon les données de la Banque Mondiale, le salaire moyen d’un tunisien est passé de 1 500 dinars en 2010 à 760 en 2018. La dépréciation du dinar pèse lourd aussi sur les finances publiques de l’Etat qui doit rembourser une dette importante. Selon l’expert indépendant en économie et en finance, Maher Belhadj, c’est le résultat d’un déséquilibre entre la demande et l’offre sur le marché monétaire, dû à l’importance de l’économie parallèle. « En fait, la Tunisie fait face à 4 ennemis majeurs, à savoir la contrebande, l’évasion fiscale, le terrorisme et la corruption. Ces fléaux sont alimentés par le cashing (utilisation excessive du cash en tant que moyen de paiement), causant une fuite de liquidité qui n’a aucune trace dans les circuits officiels. »
Pourtant, à l’intérieur du pays se trouvent des richesses. « On constate que les problèmes qu’il y avait déjà en 2008 dans l’industrie du phosphate sont toujours là. La production est toujours très en dessous de ce qu’elle pourrait être. Les productions manufacturières continuent, elles, à baisser d’une année sur l’autre. Parce que l’investissement est complètement à l’arrêt » explique Ilyès Jouini, homme politique franco-tunisien.
La Tunisie connait aussi une crise de l’industrie textile depuis 7 ans. Au lendemain de la révolution, le secteur textile, qui pèse pour 20 % du PIB était entré dans une sévère zone de turbulences. Le nombre d’emplois dans ce secteur a dégringolé.
Les attentats jihadistes meurtriers de 2015 à Tunis et sur les plages de Sousse ont ensuite tétanisé les touristes qui, pendant plusieurs années, ont boudé la Tunisie. Le marché du tourisme a été très affecté. La Tunisie demeure toujours sous état d’urgence depuis 2015.
Le taux de chômage aujourd’hui en Tunisie s’élève à 15,4% d’après France Culture du 14 janvier 2019. Et mine le moral du pays.
Du point de vue politique, après la chute du dictateur, Ben Ali, une Constitution tunisienne est élaborée et promulguée en 2014. Un gouvernement d'Union Nationale est mis en place avec Youssef Chahed comme chef du gouvernement. Mais les blocages politiques ou, à l’inverse les consensus entre partis politiques opposés freinent le développement du pays sur le plan économique et social. En effet, les positions entre les différents membres du gouvernement sont tellement divergentes que certains sujets ne sont pas abordés de peur de ne pas parvenir à maintenir ces accords entre les partis. La situation gouvernementale n’est donc pas idéale et reste fragile.
Au vue de la situation actuelle et pendant les 7 années précédentes, certains tunisiens, après avoir vécu une révolution promettant beaucoup d’espoir pour leur vie future, sombrent dans le désespoir car ils ne voient pas d’amélioration pour eux dans l’immédiat. C'est pourquoi ils se lancent alors dans un périple dangereux et incertain, la traversée de la Méditerranée en espérant une vie meilleure, ailleurs.
